Registre du commerce : Arnaque à l'annuaire

Registre du commerce : Arnaque à l’annuaire


Les arnaques au registre du commerce sont bien connues en Suisse. Une fois que vous êtes inscrit, une fausse entreprise vous propose une fausse inscription, dans un faux annuaire. Nous allons voir ensemble comment éviter le piège, pourquoi l’arnaque fonctionne et comment les cantons pourraient mieux avertir les entreprises à ce sujet.

J’inaugure une nouvelle catégorie Aparté aujourd’hui pour m’écarter un peu des sujets habituels. Je vais quand même un parler un peu de design, mais sous un angle différent.

Lors de mon inscription au registre du commerce, j’ai reçu une facture du canton du Jura me demandant de payer environ 200.- d’émoluments. Quelques jours après le paiement, je reçois 4 ou 5 courriers au nom de mon entreprise. Des propositions de service, mon extrait signé du registre du commerce du Jura et une autre lettre à l’allure très officielle, qui me demande de payer la modique somme de 890.-

Première réaction : « Ah ils se mouchent pas du coude l’équipe, on se fait vraiment avoir dans ce pays, y a plus de saisons ma bonne dame, c’était mieux avant ». Tout ça, tout ça. Sauf qu’en y regardant d’un peu plus près, la lettre très officielle n’a rien d’officielle. Une certaine entreprise SUISI Schweiz à Zürich me propose un enregistrement dans le Registre commercial central de l’économie Suisse. C’est une arnaque.

Mais une arnaque plutôt bien faite, qui m’a poussée à vérifier par A+B que s’en était bien une et à chercher à en savoir plus sur l’entreprise en question. J’ai donc peu de doute que ce type de fausse inscription fonctionnent et, malgré les risques de plaintes, qu’elles continuent de fleurir.

Un message à l’attention du canton du Jura

Avant toute chose j’aimerais adresser un message aux cantons de Suisse et particulièrement au canton du Jura : les nouvelles entreprises ne sont pas suffisamment informées de ces pratiques.

Vous me direz que c’est à chacun d’être prudent et qu’il ne faut pas payer n’importe quoi. Cependant, si le canton prévient bien les utilisateurs d’Internet sur la page du registre du commerce, renvoyant vers une page de la SECO sur le sujet, aucune mention n’y sera faite par courrier.

Ni lors de l’envoi de la facture d’émoluments, ni à l’envoi de l’extrait. Alors que ce dernier arrive justement en même temps que ce genre d’arnaque. Je pense qu’il serait important qu’à l’envoie de la facture de frais, la brochure de la SECO ou un autre document sur le sujet soit joint au courrier.

Par exemple en expliquant que les seuls frais encourus pour l’inscription seront ceux mentionnés. Que ni la confédération, ni le canton ne demanderont d’autres obligations financières pour cette inscription. Toute autre demande serait alors une arnaque.

D’ailleurs si le canton du Jura cherche quelqu’un pour réaliser cette brochure, je connais quelqu’un de pas mal 🙂

Pourquoi c’est une arnaque efficace ?

On a l’habitude de payer sans poser de question

Je ne vais pas entrer dans une complainte sur le sujet du citoyen Suisse vache à lait, mais lorsqu’on monte un entreprise, entre autre, on paie une quantité de frais divers. En fonction du type de raison sociale, ça peut grimper rapidement. Alors c’est quoi 890.- de plus ?

On est mal assez informé sur les coûts de la procédure

En tant qu’entreprise en raison individuelle, j’ai un peu hésité avant de faire cet enregistrement, ne sachant pas bien les frais que ça allait générer. Et je n’ai pas été capable de trouver, sur le site du Jura ou même ailleurs, une indication claire à ce sujet. Si vous voulez connaître les coûts d’une inscription au registre du commerce pour une entreprise individuelle les voilà :

– CHF 25.- pour faire valider sa signature par un notaire. Il est possible de le faire directement au registre du commerce, ce qui n’exclut pas quelques frais bien sûr.

– CHF 205.- d’émoluments.

Rien de plus.

On est habitué à ce genre de documents officiels

Je vais revenir sur le design de cette arnaque, mais à force de voir passé des documents officiels remplis à ras-bord de textes, on fini par ne plus trop s’y attarder.

Et surtout, émotionnellement, ce genre de courrier donne un sentiment d’obligation face à une autorité supérieure à son lecteur.

Comment le design de cette arnaque fait-il illusion ?

Pour commencer, voici fameuse lettre d’arnaque à l’annuaire que j’ai reçue de la part de SUISI. Je me baserai sur cette lettre pour mon analyse.

Il ressemble à un article de loi

La police utilisée, le format sur 2 colonnes, l’utilisation des termes ObjetCahier des chargeset les façon dont sont utilisés les 3 langues. Au premier abord, on a l’impression de se trouver devant un article de loi. Même dans le choix de la disposition du tableau récapitulatif de la demande. Le 2018 à gauche semble fonctionner comme une puce et l’en-tête est placée au dessus du titre.

Il est transparent

L’entreprise SUISI Schweiz est présente en titre et en salutations. Téléphone, fax, e-mail et site Internet sont à disposition. Pourquoi se méfier ?

Surtout le nom de SUISI est assez bien choisi, il a la particularité d’être assez peu pratique à rechercher sur Google. Celui-ci vous le remplaçant systématiquement par Suisse.

Il fait très officiel

Dans sa disposition évidemment, mais également par quelques détails. L’affranchissement direct par la poste déjà :

Ensuite en première page on retrouve le numéro de l’entreprise enregistrée et, en annexe, une copie encore une fois TRES officielle des détails de notre enregistrement au registre du commerce. Avec beaucoup de charabia qui fait office de poudre aux yeux.

Autres détails

Il y a encore d’autres petits détails comme le code QR présent sur toutes les pages et qu’on retrouve de plus en plus dans les documents officiel. Un numéro de demande et de suivi en haut de document. Et surtout, beaucoup de texte. Finalement assez peu dans la langue du lecteur, mais l’important est de donner cette impression.

Les infos importantes sont d’ailleurs bien cachées. On n’évoque le Registre commercial central de l’économie qu’en titre. On brode autour en citant un Annuaire des entreprises et des secteurs commerciaux. On rajoute à ça un peu de jargon du genre Inscription à titre onéreux et on fait mention une seule fois, certainement pour se couvrir, que L’inscription n’est pas obligatoireCe n’est pas une facture. Mais en quasi fin de texte, juste au moment où un lecteur peu attentif pourrait se lasser et passer directement à la dernière phrase:

Comment savoir s’il s’agit d’une arnaque à l’annuaire

Lire le document

Déjà, il faut commencer par dépasser le réflexe qui consiste à payer tout ce qui à l’air officiel sans chercher à se renseigner. Il suffit de lire le contenu du document pour apprendre que ce n’est pas une obligation, que le canton du Jura (dans mon cas) ou la confédération ne sont pas cité une seule fois. Et surtout plus simplement : le titre du document n’est pas Registre du commerce.

Suivre les pistes offertes

Recherchez l’entreprise sur Internet, tapez l’adresse de son site, allez chercher son inscription sur moneyhouse.ch, entrez son numéro de téléphone dans local.ch.

Trouver ce qui ne colle pas

Dans mon document on trouve des fautes d’orthographes. Si on scanne le code QR (et oui, j’ai essayé) on tombe sur un simple texte BVZHG Schweiz. En tapant ce nom dans Google je suis tombé sur cette notice du canton de Berne sur le sujet, évoquant cette arnaque.

Dernière chose qui ne colle pas et qui est à mon avis l’erreur la plus évidente : le bulletin de versement rose en fin de document. Quelle organisme étatique vous envoie encore des bulletins de versement rose à payer par IBAN ?

Conclusion

Cette article sort un peu des sujets habituels, mais je trouvais intéressant et important d’en parler (même si je ne suis pas le premier). Déjà pour évoquer le manque d’information sur le sujet dans le Jura et probablement d’autres cantons. Mais surtout, à la lecture de la lettre, j’ai eu cette première réaction « C’est un document officiel ». Réaction qui m’a fait légitimement penser que je devais m’acquitter de la somme demandé.

Il a suffit d’un peu creuser pour trouver le problème, mais d’autres n’en auront peut-être pas le temps, ni l’envie, préférant régler au plus vite ces pénibles démarches administratives. Alors un article de plus sur le sujet ne peut décidément pas faire de mal !

Si cet article vous a intéressé, n’hésitez pas à lire mon article sur les Dark Patterns ou comment un site vous piège et vous manipule. Mais surtout, comment un designer peut en apprendre plus sur l’expérience utilisateur en se penchant sur le sujet.


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